Rossetti, His Life and Works (1927)

C'est par une biographie de D.G. Rossetti qu'E. Waugh a entamé sa carrière d'écrivain.


Pourquoi la Pre-Raphaelite Brotherhood a-t-elle fasciné Waugh (...) ? Probablement parce qu'elle mêlait les arts plastiques, la littérature et la religion, les trois grands centres d'intérêt de sa vie.

La ”Confrérie préraphaélite” fut fondée à l'automne 1848 par deux peintres, William Holman Hunt et John Everett Millais, vite rejoints par Dante Gabriel Rossetti et son frère William (journaliste et poète), par le sculpteur Woolner, par le critique F.G. Stephens, et par James Collinson.

Caricature de Max Beerbohm (1904) représentant W. Morris, D.G. Rossetti (de dos), Burne-Jones, Ruskin, Meredith, Swinburne, Hall Caine, Holman Hunt, William Bell Scott, diverses bestioles, ainsi que l'un des modèles de Rossetti.

(...) Chacun des sept confrères ajoutait à sa signature le sigle P.R.B., qui fut quelque temps mystérieux, excellente opération publicitaire pour le groupe. En réaction contre l'académisme victorien, les préraphaélites prétendaient retrouver un art plus sincère, plus profondément religieux et moral, un art dont le secret s'était perdu avec la Renaissance, selon eux. Ils s'inspirèrent des Évangiles et de la tradition littéraire chrétienne, surtout médiévale. Raillés par Dickens et Macaulay en 1850, ils furent soutenus efficacement par Ruskin dès 1851.

L'Enfance de la Vierge, première oeuvre de Rossetti marquée du sigle mystérieux de la PRB.

Dès les premières pages de la biographie, Rossetti est présenté comme ”un artiste né dans une époque dépourvue de normes artistiques, un homme du Sud exilé dans une ville du Nord, un catholique sans la discipline ou la consolation d'une Église”. ”Du moins, ajoute Waugh, cette ère industrielle, mais non encore démocratique, abondait en mécènes, si déjà elle était avare de maîtres.”

Waugh (...) écrit plutôt un essai, très subjectif, sur les dessins et la peinture de Rossetti. Il propose des observations inédites et des jugements personnels, en amateur. Outre six reproductions de tableaux, il donne quatre schémas de son cru illustrant l'évolution de Rossetti, depuis les verticales et angles droits d'Ecce Ancilla Domini aux diagonales du Mariage de Saint Georges, puis aux courbes de Monna Vanna, ”avec ses manches prodigieuses, comme une montgolfière conçue par quelque maharadjah délirant, à demi-dégonflée mais prête à reprendre l'air à la moindre brise, en entraînant la petite main de porcelaine, sa bague et son bracelet”.

Ecce Ancilla Domini

Le Mariage de Saint Georges.

Monna Vanna.

Waugh préfère aux huiles les aquarelles, le Dante dessinant un ange (1853) où l'artiste ”sécrète un réseau très délicat, comme les nervures d'une aile de papillon”, les dessins à la plume et à l'encre intitulés Hamlet, Marie-Madeleine, Cassandre, ces superbes pen and ink bien pleins dont ”seul James Guthrie, écrit-il, maintient aujourd'hui la tradition”.

Dante dessinant un ange (détail).

Parmi les toiles, il fait cependant un sort à part à Beata Beatrix, ”peut-être l'oeuvre européenne la plus riche de spiritualité et de piété depuis l'art byzantin” : elle témoigne d'un ”sens du sacré sublime et pénétrant”. Cette toile représente la mort de Béatrice dans ”une extase [a trance] qui la ravit soudainement de la terre au ciel alors qu'elle est assise à un balcon surplombant la ville...”, écrit Rossetti (...).

Beata Beatrix.

Rossetti, His Life and Works comporte une part de polémique sur les questions d'esthétique. Waugh annonce d'entrée de jeu que son livre veut donner ”un frisson stimulant à nos canons esthétiques, nous obliger à oublier, ne serait-ce que quelques heures, les qualités évidentes de Picasso pour apprécier le génie ampoulé et pervers d'un homme comme Rossetti. Celui-ci ne séparait pas belle peinture et beau sujet. Il a cherché toute sa vie à exprimer le mystère de la féminité, et presque, vers la fin, une abstraction de la féminité”.

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